WALL-E est un petit robot nettoyeur chargé de ramasser, compresser et entasser les déchets infinis accumulés à la surface du globe. Notre belle planète bleue est devenue ocre. Elle est couverte d’ordure et de brumes oxydantes.
Toute vie étant devenue impossible, l’humanité s’est réfugiée à bord d’un vaisseau spatial intergalactique, l’Axiom. Et que fait l’humanité au sain du vaisseau mère, du mothership? Elle groove, swing down sweet chariot, avec un équipage psychédélique? Que nenni ! L’Axiom a des allures de contre utopie.
Il est contrôlé par une multinationale aux tendances liberticides: La BnL (Buy’n Large). Les humains y sont devenus des limaces obèses ne se nourrissant plus que sous formes liquide, incapables de mettre un pied devant l’autre et ne se déplaçant plus que sur des sofas flottants. Ils sont entièrement assistés par une nuée de robots, dociles et dévoués.
La plateforme stellaire, paradis de la consommation, erre ainsi dans l’univers pendant que des robots nettoient la terre en vue de permettre le retour de l’humanité.
Quelle puissance visionnaire ! Vous dites vous. Quel document d’anticipation! Vous émerveillez vous. Quelle force prophétique ! Vous bouleversez vous. Quel enfoiré il m’a raconté tout le film! Vous énervez vous … Vous n’aviez pas vu WALL-E!?
Je vous avais pourtant prévenu qu’on allait Spoiler… HiHihi.
Ignorons les râles plaintifs de ces renégats du consumérisme de masse qui n’ont pas succombé aux appels du blockbuster après 3 mois d’exploitations (quelle infamie !) et continuons.
Quelle puissance visionnaire ! Vous êtes vous dis quelques lignes plus hauts. Sauf que vous ignorez sans doute, que le projet Axiom existe bel et bien. Je suis bien placer pour vous en parler. Je travaille dans un des prototypes de l’Axiom.
Installé à 30 miles au nord de Boston, à la frontière du New Hampshire, ce prototype existe pour l’instant sous la forme d’un building immense regroupant plusieurs milliers d’humains (~4000) travaillant pour le compte de diverses compagnies. Toutes participent à ce pré projet d’arche de l’humanité, chapeauté par un énorme consortium, non connu encore sous le nom de BnL, mais associant sans doute, Wal mart, “le supermarché des ténèbres” et quelques autres scélérats du capitalisme sauvage.
Vous pensiez que les Américains allaient détruire l’environnement aussi méthodiquement et consommer cette part disproportionnée des ressources de la terre sans préparer leur fuite !? C’est mal connaître leur force d’anticipation. Après avoir vu WALL-E, tout est devenu si évident!
D’abord, de nombreux humains de ce building présentent des caractéristiques similaires au bidon de chair gavé de malbouffe liquide rêvé par BnL.Voilà une scène de vie capturée un matin à l’entrée. Ne vous fiez pas au côté caricatural de cet instantané. Les attitudes, les formes, les proportions vous sont restituées avec fidélité et précision, tout en mesure et retenu, avec une exacte exactitude.

Sans tomber dans l’antropologie fastoche, Il est intéressant de noter que la plupart ont déjà adopté les habitudes alimentaires BnLiennes. ..Au moins le matin.
Est ce que le petit-déjeuner Américain est responsable de ces morphologies particulières? Peut-être en partie. Pancake au sirop d’érable, omelette et bacon grillé accompagné d’un demi-litre de café ultra-sucré. Mmm Que c’est bon! Sauf qu’un Chili steak - Frites - Coca, 2 heures après… Personnellement, ça ne passe pas. Le natif Américain, lui, rajoute quelques saucisses et prend un snack entre les deux!
Alors forcément, ça se ressent sur la silhouette. La masse adipeuse est beaucoup moins distribuée chez nos amis américains que chez leurs gras homologues européens. 2 morpho types se dégagent dans ce building-prototype:
“Tous dans les fesses”, de loin majoritaire, qui touche essentiellement les femmes et les poires.
“Tout dans le haut du corps » (poitrine, dos) beaucoup plus minoritaire, qui touche surtout les femmes et les fraises. Sans oublier le “tout dans les joues » très marginale, il ne concerne qu’une personne dans tous les US…et les hamsters.
BnL le sait, la diversité est l’ennemie de la rentabilité. Fringues, sofa volant... une production en série efficace impose l’uniformisation. A n’en pas douter, BnL corrigera son alimentation au cours des versions futures pour arriver aux consommateurs modèles : ces homme-poupons peuplant l’Axiom. Même taille, même mensuration, même consommation écervelée.
Mais tout ceci ne serait possible sans un environnement sur mesure. C’est le principe de sélection naturelle si chère à la théorie de l’évolution. Seuls les êtres les mieux adaptés à leur milieu survivent et transmettent leurs gênes à leur descendance.
Et là encore, il est intéressant de constater que de nombreux aménagements ont déjà été pensés dans le prototype. Un coiffeur, une banque, forcément !, des cafétérias, des restaurants et une crèche sans fenêtre!! (Où on élève en batterie, à la lumière artificielle, de petits consommateurs! On l’a visitée... On a pris nos jambes à notre coup)… rien ne manque pour que le consommateur modèle se déplace le moins possible, consomme le plus possible, se développe le plus possible.
Même le personnel se presse pour être utile et serviable. Point de robots dans cet Axiom première mouture mais des petits vieux, des petits vieux par dizaines, assignés le plus souvent à l’accueil en guise d’hôtesse érotico-sécurisante.
Et quoi de plus déprimant que de croiser tous les matins, un réceptionniste de plus de 60 ans, immobile voire complètement inerte - Ah si! Il baille! Ouf! Un peu plus et je m’inquiétais - ? … A part peut être croiser tous les matins, ces représentations radicales d’un pays malade de malbouffe ?
Non vraiment, il fait bon vivre dans cet Axiom première génération. Je me demande bien ce qui me décidera à retrouver mon paradis perdu…